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    8 août 2014 5 08 /08 /août /2014 23:08

    Quelqu’un dort à la colo. Quelqu’un est venu en costume et avec un chapeau. On pourrait croire qu’il est venu raconter des histoires, on pourrait croire qu’il est venu nous faire un petit concert, on pourrait croire qu’il est déguisé puisque nous sommes plutôt en short nous…

     

    On pourrait croire. Mais non. Quelqu’un est venu voir « comment ça se passe ». Quelqu’un est là dès le matin, à 7h00 il est debout. Et sceptique. Depuis quand les parents payent pour laisser dormir les enfants ? Depuis quand ce sont les enfants qui décident à quelle heure ils peuvent se lever, et même aller manger ? Depuis quand on n’est pas tous à 9h00 pile au garde à vous pour la séance de gym chansons paillardes ? Depuis quand ?

     

    Moi, j’ai le trac.

     

    Ce monsieur là nous a confié au nom de l’entreprise pour laquelle il travaille environ plus ou moins la moitié des 70 enfants présents sur le centre. Ce quelqu’un là avec son lien avec l’association pour laquelle nous travaillons fait presque à lui tout seul vivre l’association. Alors forcément, ce n’est pas rien, la visite de quelqu’un. Ce jour là je mets mon plus joli short, et je lui explique le projet, le p’tit dej, et puis je lui fais vivre surtout.

     

    Quelqu’un passe la journée avec nous, son costume, et son chapeau. Il a un petit air désuet. Avant de nous quitter, Quelqu’un me dit qu’il était sceptique, voire même critique de ce que je lui avais présenté. Mais qu’il se trouve ravi de voir avec quelle autonomie et quel respect des autres les enfants évoluent dans le centre, le nombre d’activités qu'ilsfont et de projets qu'ils ont même si à 10h30 le petit Viking dort encore.

     

    Alors moi, j’éclate toute entière lorsque le soir les enfants sont endormis, et que l’on se retrouve entre adultes. C’est mon premier gros projet gros comme ça, depuis tout le début que j’écris tous ces mots là qui me font grandir, de l’enfant à la fermeture éclair à l’enfant-lune, j’en suis arrivée à me dire que c’est une évidence que c’est comme ça qu’il faut faire en collectif d’enfants.

     

    Mais je sais que tout le monde est loin d’en être convaincu, que tout le monde n’a pas grandi avec moi. Et Quelqu’un non plus.

     

    Bibi non plus n’a pas grandi avec moi.

     

    Bibi est rentré dans la colo déjà grand, intérieurement et complètement composé dans sa tête son corps et son cœur pour respecter chaque enfant pour ce qu’il est, pour ce qu’il peut apporter, pour son chemin à venir. Et c’est ce que j’aime chez lui (en plus de ses mains sa voix et sa musique, mais là ça ne compte pas). Et c’est pour ça que j’ai voulu l’emmener avec nous dans cette aventure même s’il n’avait jamais fait ce boulot là.

     

    Bibi ne comprends pas ce qu’il me prend d’être à ce point ravie que Quelqu’un apprécie notre projet et l’organisation de notre petite colo. Ou plutôt si. Bibi comprends trop bien qu’on n’a pas fait tout ça pour les mômes, qu’on a fait tout ça pour le vendre à ceux qui achètent le séjour. Moi, je ne comprends pas ce que Bibi a compris, je ne comprends pas mais je vois qu’il boude. Qu’il me boude. Plusieurs jours. Je tiens ma place, je continue, je fais comme si, mais quelque chose est cassé sur notre colo qui ne tourne plus très rond.

     

    J’ai souvenir de la cassure, mais je ne sais plus comment nous avons retrouvé le tourne en rond de notre colo. Je sais qu’on a longtemps parlé, je sais aussi que j’ai essayé d’expliquer que même si nous étions convaincus, nous, de la raison d’être de ce projet pour les enfants que l’on nous confiait, nous n’étions modestement qu’un petit wagon d’un train bien plus grand, qui s’il n’a pas de loco ni de chauffeur ne pourra pas partir très loin.

     

    Aujourd’hui encore, je ne suis pas complètement sûre d’avoir convaincu Bibi ce jour là que c’était bien du fond du cœur et de mes valeurs que ce projet avait pu voir le jour. Les rares fois où nous nous sommes croisés j’ai retrouvé sa voix, ses mains sa musique et le sourire ravi de nos souvenirs. Même si j’aurai toujours ce doute en moi, quel plaisir ça a été d’avoir pu travailler avec la spontanéïté de cet animateur nouveau-né déjà si grand de son histoire à lui, de ses convictions, ses valeurs, qu’il portait comme des évidences, comme son saxo sur son dos (pieds nus pour traverser Paris), là où moi il m’avait fallu plusieurs années d’expérience pour me les construire.

     

    (cliquez dessous pour voir comment ce type déjà grand il y a (presque) 20 ans a continué de grandir)

     

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