"Des mailles" parce qu'à l'endroit à l'envers le fil devient magique - "Des mômes" des mots pour dire tout ce qu'ils m'ont donné - "Des images" de mes yeux pour tes yeux parce que ça fait joli - "Des gens" parce que ça fait du bien à la vie.
Toutes les nuits c’est pareil. Tous les matins, même réveil.
Quand on rentre dans ta chambre, l’odeur est forte, ton lit est trempé, tu n’oses pas bouger.
Chaque soir, tu as peur d’aller te coucher.
La journée commence par un déballage de draps, une douche chaude, et un câlin compréhensif. Ton matelas est lavé à grande eau et sèche dans la cour chaque jour.
Je n’imaginais pas qu’un enfant pouvait faire autant pipi.
C’est difficile d’empêcher les copains de se moquer. Tu n’es jamais tout à fait avec eux au moment du petit déjeuner. Je n’aime pas ça, toi encore moins.
Je pensais que je serais dégouttée par les pipis au lit. Mais il m’a suffit de voir ta tronche pour essayer de gérer ça tant bien que mal. Je me sens impuissante devant ta détresse d’enfant qui ne sait pas où se fourrer. Le directeur veut que je te réveille la nuit, il en a marre côté logistique. Le matelas dans la cour, le personnel de ménage qui râle. Un enfant comme toi, ça gène. Mais je ne sais pas réveiller un enfant qui dort. Et je ne sais pas comment en parler avec toi.
Un soir comme les autres, tes grandes mains foncées dans les miennes si blanches, on commence à mettre des mots sur cette histoire. Je te raconte la nuit de la colo, tu me poses des questions.
Je t’explique ce qui se passe lorsque vous dormez. Mon passage dans vos chambres pour vérifier que tout va bien, pour remettre dans son lit ton copain qui a pris l'habitude de s'endormir par terre, ou celle qui croit que son lit est beaucoup plus grand et s'affale comme une masse sur la couette qu'on dépose là chaque soir, pour éviter que la chute ne soit trop rude. Il y a aussi les adeptes du sommeil les fesses en l'air, drôle de quattre pattes avec la tête posée. Là, c'est plutôt la couette qui est par terre. Parfois, un bisous à un enfant aux yeux grands ouverts, que je soupçonne d'attendre, pour vérifier que nous sommes toujours là. Il y a les doudous qui se promènent, un jouet qui traine oublié la journée, et puis toi, qui dort encore au sec. Jusqu'à quand ?
L’idée vient de toi. Tu me demandes de te réveiller à ce moment là, avant d'aller me coucher, à ce moment que j'aime, douceur de la nuit. Te réveiller pour que tu ailles aux toilettes. Peut-être que ça va marcher ?
Tu dors profondément. Tu as 5 ans, mais tu es très grand, très fort. J’ai beaucoup de mal à te réveiller, à te bouger un peu. Tu finis par aller aux toilettes, enfant automate dont les yeux dorment encore. Tu grognes, mais tu fais pipi et tu retournes te coucher.
Au réveil je viens te voir. Tes yeux sont en colère. « Pourquoi t’es pas venue ? »
Mais ce matin, ça sent juste la nuit d’enfants dans cette chambre, ça sent la pénombre des matins d’été, une odeur normale de réveil. Je souris, et tu réalises que tu es au sec. Je te raconte ta virée automate au bout du couloir. On rigole. C’est ton premier vrai p’tit déj depuis le début de la colo.
On recommence chaque nuit jusqu’à la fin du séjour. Il y a encore quelques petits accidents, mais si peu.
J’ai emmené ta recette avec moi pour la partager avec d’autres enfants qui avaient peur de la nuit. L'un d'eux se recouchait systématiquement en faisant une galipette sur son lit, et ne s'en rappelait pas le matin.
Merci bonhomme !
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