"Des mailles" parce qu'à l'endroit à l'envers le fil devient magique - "Des mômes" des mots pour dire tout ce qu'ils m'ont donné - "Des images" de mes yeux pour tes yeux parce que ça fait joli - "Des gens" parce que ça fait du bien à la vie.
C’est le soir. Papotage dans la cour du château, avec vue sur la vallée tout autour de notre petite montagne. Nous regardons l’orage, au loin, alors que le soleil est toujours sur notre petit bout de vie hors du temps. Il est loin, il est beau cet orage.
En un instant, il n’est plus ni loin, ni beau. Il est là. Tout s’envole. La consigne est rapidement donnée à tous les jeunes de rentrer dans les bâtiments.
Depuis toute petite, depuis ma première nuit de camping à 5 ans, j’ai peur de l’orage. Dans ma tente avec mon frère, le bruit du tonnerre, celui de la pluie, et la lumière des éclairs, je m’étais imaginée dans un grand incendie. Mon père avait fini par me récupérer en transe, et me rentrer dans la caravane par la fenêtre. Chaque orage, je revis cette angoisse.
Cet orage là à décider de stationner juste chez nous. Cet orage là, c’est la colère des Dieux. La foudre tombe juste sous nôtre nez sur le réservoir d’eau. La paille qui le protégeait brûle en instant.
Chaque éclair est un coup de tonnerre, pas le temps de compter les secondes ou les kilomètres qui les séparent, qui nous séparent du cœur de l’orage. La tempête est telle que les vitres de deux des bâtiments sur quatre ont toutes éclatées. Les lits sont trempés. Et l’orage dure, il dure toute la nuit. Les jeunes sont exténués, ils n’ont pas où dormir, ils ne peuvent pas rejoindre les bâtiments au sec. Certains ont peur. Moi aussi.
Je brave mon angoisse et, pour me rassurer, réussis à faire le tour des bâtiments et les compter, vérifier : ils sont tous là. Aucun d’eux n’est en vadrouille dans le village, le petit bois ou le cimetière, aucun d’eux n’est en train de paniquer tout seul dehors. Ouf !
Je fais un deuxième tour pour rassurer tout le monde et finit par m’arrêter, trempée, sur le sol de la pièce commune du plus touché des bâtiment. Une partie de la pièce est épargnée, quelques matelas secs et les garçons de ces chambres s'y entassent. Ces garçons là, ceux avec qui nous avons passé les nuits les pluies longues. Et toujours mon animateur pas loin, si grand et si roux, c’est aussi son bâtiment. Nouvelle longue nuit, nouvelle nuit d’angoisse à partager avec eux.
Lorsque l’orage se calme, je traverse la cour lessivée et voit les lueurs d'un incendie, en bas de la colline. Je passe dans le deuxième bâtiment. Dans l’escalier, un ado un peu plus grand que les autres s’est endormi, tout tordu. Sa chambre est complètement inondée.
Nous n’étions pas assez fatigués… il a fallut la colère des Dieux. Encore une fois, nous avons pu constater que nous avions eu de la chance. Encore une fois, c’est beaucoup trop pour une même colo.
(à suivre)
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