"Des mailles" parce qu'à l'endroit à l'envers le fil devient magique - "Des mômes" des mots pour dire tout ce qu'ils m'ont donné - "Des images" de mes yeux pour tes yeux parce que ça fait joli - "Des gens" parce que ça fait du bien à la vie.
Je ne l’ai vu que trois heures dans ma vie.
Il s’appelle « Boldane ». Ou alors, je n’ai pas compris son prénom.
Je crois que je n’ai pas compris son prénom. Mais il a répété au moins cinq fois Boldane. Environ.
Pendant que ses parents savourent une mise en scène de Stanislas Nordey, Boldane est venu manger des gâteaux, des bonbons, jouer à « Pomme pomme pomme » et « Tomate Ketchup ».
« Tu connais ? C’est vrai ? Vrai de vrai ? » me demandera Amandine 14 ans plus tard, en m’expliquant les règles d’un super jeu qui s’appelle « Tomate Tomate Ketchup » !
En attendant la question d’Amandine, et surtout ses parents, Boldane essaye de m’expliquer des tas de choses que je ne comprends pas très bien, fait des tours géantes de Kapla, les fait tomber en hurlant de rire. Je me demande même si Stanislas ne les entend pas à l’autre bout du théâtre. Mais ce n’est pas très grave, je ne connais pas Stanislas.
Après le goûter, Boldane mange une sucette. Elle est tellement bonne sa sucette qu’il a les yeux plus grands et plus ronds que ses grandes lunettes rouges et rondes.
Occupée à autre chose qu’à m’occuper de lui, sûrement les autres enfants dont je ne me souviens pas, à moins que moi aussi je ne prenne mon gouter, je perds Boldane de vue. Puis je le vois revenir vers moi, les lunettes à la main, le regard un peu perdu.
« Tu peux me laver mes lunettes s’il te plait ? ».
Je prends ses lunettes et trouve les lunettes les plus sales que je n’ai jamais vu de ma vie. Même depuis lui. Même les lunettes de ma crapulette.
« Mais qu’est-ce que tu as fait avec tes lunettes ? » demande-je étonnée et perplexe.
« Ben, je les ai léchées ! »