Gare de Lyon.
C’est le matin. C’est l’été, mais il fait froid, il est très tôt. Nous sommes quelques adultes, tous un peu intimidés. L’équipe est au complet. Nos sacs à dos, les instruments de musique, les trousses à pharmacie pour le voyage, les listes en poche. Parés !
Petit à petit, des familles nous rejoignent, regards curieux, recommandations des mamans inquiètes, papas qui retrouvent le goût de l’aventure pour motiver leurs enfants…
"Comment tu t’appelles ?" "Moi c’est Christophe"
" Nous on est jumelles !"
"j’ai pris mon saxophone" "J’ai pas pris mon violoncelle"
"On pourra être dans la même chambre ?"
"Lui, c’est mon petit frère mais il vient pas"
"J’suis jamais allé à la montagne"
"Y’a mon copain qui vient aussi mais il est pas arrivé"
"Moi, j’ai jamais joué de musique, tu m’apprendras ?"
"C’est vrai que y’a des poneys ?"
"Tu sais je fais de l’asthme"
"Pendant la colo, papa il va refaire ma chambre"
"J’ai pas peur de partir…" "Maman t’es où ?"
"Moi, j’habite à Bagnolet !" "Moi, je viens de Guadeloupe, jétais à l’hôtel cette nuit."
"Quelqu'un a un kleenex?"
"C’est qui l’animateur qui joue de la guitare électrique ?"
"Il fallait prendre une casquette ? J’ai oublié je crois..."
"Ouf, j’ai eu peur d’être en retard !" "Tiens, mets une étiquette sur ton sac à dos"
"Il est à qui ce blouson ?"
"Bonjour, je m’appelle Nelly, je suis l’assistante sanitaire. Vous m’expliquez son traitement ?"
L’heure du départ approche, les noms sont tous cochés sur la liste, derniers bisous. Quelques papas profitent du coup de main des bagages pour traîner dans le wagon, dernier comptage, dernier au revoir, et le train part en silence.
C’est fou ce qu’un TGV roule en silence pendant quelques minutes, malgré 70 enfants dans le wagon. Puis les langues se délient, aidées par l’effervescence des copains contents de partir ensemble. Le temps du voyage, on repère quelques prénoms, on rassure quelques craintes, on dit « non » aussi parfois, il faut le faire tout de suite…
Casse-croûte du voyage, un dernier repas de maman avant quelques semaines, pour faire le lien avec l’ailleurs, repas dans un train où chacun défend son sandwich au pain de mie contre celui au pain frais, et tes chips… ouah, elles sont au bacon ! Chaque pique-nique est meilleur que celui de son voisin, chaque pique-nique est avalé comme si c'était un bout de son chez soi.
Après la gare, le comptage à nouveau, les bagages toujours aussi lourds, et c’est le car qui prend la route de la montagne. Virages, cascades, montagne, virages encore ... des petits yeux grands ouverts qui découvrent à chaque virage un nouveau paysage.
Nous voilà arrivés. Au cœur de la Savoie. Le village a le nom d’un fromage, le fromage porte le nom du village. L’herbe est verte, la montagne magnifique, et le soleil nous accueille.
Une dizaine d’année, la casquette vissée sur la tête, un des enfants bloque la descente du car. Il a la tête en l’air…
« On va vivre dans une carte postale… »
Seconde à croquer, seconde qui donne sens à tous ce chambardements de mômes, de bagages et d’émotions…
"Des mômes..." :
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