"Des mailles" parce qu'à l'endroit à l'envers le fil devient magique - "Des mômes" des mots pour dire tout ce qu'ils m'ont donné - "Des images" de mes yeux pour tes yeux parce que ça fait joli - "Des gens" parce que ça fait du bien à la vie.
Sur la péniche, des vélos.
Une douzaine je crois.
La première année, la première sortie, nous avons suivi le canal pour attendre la péniche. Aventure absolument fantastique, tout en ligne droite, et qui tient en une heure maximum. La péniche en a mis trois.
Pas de carte, pas de projet.
Alors on a un peu baroudé autour des canaux histoire de combler les trois heures. On a fait des jeux aussi pour apprendre à s’arrêter, à accélérer, pour maîtriser sa monture.
La deuxième année, on a décidé de faire mieux. On est parti avec des cartes routières, des guides bleus du routard de la Hollande, et des sacs à dos. On a recommencé les jeux, histoire d’avoir une caravane qui roule droit.
La veille de chaque sortie vélo, on prenait les guides bleus du routard, on prenait les cartes, et on se mettait par terre dans un coin pour chercher quoi faire avec nos vélos. Ou alors le matin même, on partait à l’aventure, avec les cartes.
Un cimetière classé par ici, des moulins par là, une piscine de l’autre côté, le marchand de glace au passage. Le tout en toute sécurité, la Hollande, c’est vraiment le paradis du vélo.
Pique-nique et argent de poche dans les sacoches, c’était parti pour l’aventure. Le défi reste de taille, il faut retrouver la péniche le soir, qui se sera déplacée. La ville d’arrivée est connue, mais pas le lieu d’amarrage.
D’aventure en aventure, les mômes ont eu un peu plus soif, un peu plus envie de découvrir. Alors ils ont monté un projet. Projet camping. On part pour deux jours et une nuit, ce n’est plus l’aventure, c’est l’expédition.
A ce moment là, c’est devenu sérieux : budget prévisionnel, choix de l’itinéraire, recherche du matériel, négociation avec l’organisateur pour acheter les tentes et autres duvets. Le rêve fou prenait tournure, l’expédition portait même un nom « la nuit camping en vélo ». Superbe nom.
Notre voyage en péniche et son parcours est déclaré minuté aux autorités locales, il faut faire un additif pour la partie « la nuit camping en vélo ». Me voilà partie avec Paul Emile et Victor à la Mairie du coin, avec notre projet, le nom du camping, le budget et le nom du magasin de toiles de tente.
L’administration locale a dit non. L’administration locale a donné la règle : « si en Hollande avec des mineurs partir camper tu voudras, alors deux mois plus tôt ton projet tu déclareras».
Le budget est resté à l’état de prévisionnel, l’expédition à l’état de projet, le projet à l’état de rêve.
Les mômes étaient déçus, nous aussi. Mais le seul fait de monter ce projet tous ensemble et de l’avoir porté jusqu’aux autorité a été une grande aventure, un vrai projet d’enfants. Ils étaient déçus, mais pas en colère, ils comprenaient.
En fin de séjour, on a quand même fait la nuit camping, mais version de rechange : « la nuit camping dans la péniche ».
Les gamins ont dormi dans la grande salle, sous leurs couettes, tous ensembles.
En théorie, c’est interdit de faire dormir des enfants de plus de 4 ans garçons et filles mélangés. Alors on a bien insisté sur le fait que c’était juste ceux qui le souhaitaient, pour s’amuser. Ils ont tous souhaité, et ils ont dormi comme des bébés, bercés par le roulis une dernière fois, à rêver d’une nuit sous la tente.
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