"Des mailles" parce qu'à l'endroit à l'envers le fil devient magique - "Des mômes" des mots pour dire tout ce qu'ils m'ont donné - "Des images" de mes yeux pour tes yeux parce que ça fait joli - "Des gens" parce que ça fait du bien à la vie.
Un matin, les garçons ont poussé la porte de l’atelier théâtre. Sur le moment je n’ai pas su pourquoi. Quelques années plus tard, j’ai compris ce qui s’était passé.
Souvenez-vous.
Décalée.
Mais si bien avec les filles dans nos délires théâtre.
Un jour dans le sombre couloir des chambres des filles, je fais le clown. Une des filles a une flûte traversière. Personne ne sait que moi aussi, dans mon sac, tout au fond… personne, sauf les animateurs. Je me sentirai encore plus décalée si les jeunes savaient…
Ils ne savent pas.
Je joue avec la flûte. Non, pas de la flûte : avec elle. Personnage encore plus décalé du réel qui découvre un objet non identifié. Je joue avec chaque bout de la flûte, sort des bruits étranges, monte l’instrument la culotte à l’envers. Pas un son ne sort de ma bouche. Les filles comprennent vite que j’improvise, sans vraiment improviser puisque ce clown là a déjà amusé les enfants des colos précédentes. Des plus jeunes.
Petit à petit, les bruits deviennent son, petit à petit l’objet devient instrument, petit à petit je deviens musicienne. Ça, les filles ne le savaient pas. Elles sont conquises, autant que ceux qui avaient cinq ans. C’est assez épatant. Je m’amuse, me sens bien, oublie mon décalage.
Les filles rient, moi aussi.
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« Pauvre fille. »
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Ce sont exactement les mots que m’a dit Thomas, quatre ans plus tard, lorsqu’il m’a dévoilé cette histoire. Il n’avait rien à faire dans le couloir des filles et se cachait, il a épié la scène. Ce sont les mots qu’il a pensé lorsqu’il m’a vu me battre avec le boîtier de la flûte.
Thomas, c’était un mec à l’aise, un excellent bassiste, venu jouer un maximum. C’était un pilier, le jeune autonome et bien avec tout le monde, celui qui vit sa vie et fait vivre un paquet de projets.
« Pauvre fille, mais qu’est-ce qu’elle fout là ? ». Je savais que je me sentais décalée, mais quand il m’a dit ça… peut-être pas à ce point…
Il aurait pu partir, il est resté à épier.
Le lendemain, il venait avec ses copains. Le lendemain, j’avais ma place dans cette colo là, j’avais mon identité, et j’y étais plutôt bien. Toujours décalée, mais juste décalée comme il faut, juste décalée comme je suis. C’est peut-être un des moments où je me suis trouvée, même si j’ai compris pourquoi bien après…
Thomas, si tu passes par là… (oh oui, passe par là que je me recale un peu avec toi…)
La colo n’était pas finie…
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