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Jeudi 19 juin 2008

« Ferme la porte. »

« Ferme la porte.», qu’ils me disent.

« Ferme la porte. »

 

Je peux pas.

 

« Ferme la porte. »

 

C’est pas possible.

 

Les portes fermées, les colères, la haine, je ne peux pas. Ça n’est pas moi.

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Ce jour là, comme d’autres, j’ai ouvert la porte à ton papa, et nous sommes allés partager ta rencontre. Prendre de tes nouvelles

Ce jour là, tu n’étais plus « un bébé », tu es devenu quelqu’un. Une personne à part entière, 546 g environ de vie, d’amour aussi.

 

Tu bougeais beaucoup, mais nous avons pu découvrir tes petits pieds, tes mains, dont une que tu ouvrais et fermais, comme un coucou.

 

Ton visage aussi.

 

Un profil que l’on devine. Puis de face. Tu ne nous regardais pas bien sûr, mais l’image nous a donné cet effet là. Tu n’es plus seulement une présence, tu es toi, tu es notre enfant.

 

La dame qui t’auscultait n’a pas beaucoup parlé. Elle a regardé de près l’ensemble de ton corps, nous a rassuré sur ton état de santé et celui des liens qui nous lient toi et moi. Elle nous a dit aussi que pour elle, tu étais une fille.

 

Notre fille.

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Maintenant, lorsque tu bouges, mon ventre bouge aussi. C’est beau, et c’est bon.

Merci à toi d’être là…

 


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Vendredi 6 juin 2008

Depuis quelques semaines, tout doucement, je te sens bouger en moi.

 
Parfois, c’est juste une sensation, une présence. Parfois, je suis tout à toi et tu me réponds… ou bien est-ce l’inverse. Je ne te connais pas encore, et pourtant je te sais déjà tellement.

Lorsque tu es éveillé, j’appuie tendrement mes deux mains, et je te sens te lover juste dessous. Un câlin sous la peau.

 
A d’autres moments, nous jouons doucement. J’appuie avec deux ou trois doigts là où je t’ai senti donner un coup et j’attends… un petit coup dessous, tu réponds. Si j’arrête, toi aussi. Si je déplace la pression d’un ou deux bouts de doigts, alors un petit geste de toi me fait savoir à nouveau que tu es là : coup timide, ou plus ferme. Et le jeu continue, jusqu’à ce que l’un de nous se lasse.

 
Lorsque ton père est venu nous voir, tu lui as montré d’un mouvement discret que tu étais là. Il n’en était pas bien sûr. Mais il était ému. Une autre fois, tu lui as tapé dans la main, tu avais bougé et il en était convaincu. Et puis un jour, tu dormais. Sa main que j’ai accompagnée t’a réveillé doucement… et tu as joué avec lui. Je ne sais pas pourquoi, mais je crois que tu sais lorsqu’il est là, même si parfois tu ne bouges que très discrètement.

 
Tes mouvements se devinent sous ma peau, tes mouvements me permettent aussi de découvrir la vie autrement. Parfois, souvent le soir lorsque je me couche, je t’écoute juste bouger, pas de mots, pas de gestes. Je te laisse ton univers de tendresse, ton cocon de douceur, et les petits bruits que toi seul peux entendre.

 
Dans quelques jours, ton papa et moi en saurons un peu plus sur toi. Ton père dit que nous saurons quel modèle nous aurons, bébé fille, bébé garçon. Mais qu’importe, tu es juste notre enfant, et c’est déjà beaucoup : un petit bout de nous qui nous apporte déjà tant, un petit bout de nous pour qui nous serons là, pour qui nous sommes déjà là.

 
C’est difficile de s’imaginer parents, mais notre transformation a déjà commencé. Elle est étrange car nous sommes souvent juste toi et moi. Mais je sais que ton papa n’est pas loin, que ton papa pense à toi, qu’il est tout avec nous dans cette aventure de la vie. Tu verras, ça n’est pas toujours simple loin de là. Nous t’accompagnerons à la découverte des petits bonheurs, tu pourras les cueillir pour en faire ton bouquet…

 

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Dimanche 13 avril 2008

Les premières mains de ce vendredi sont des mains qui soulagent, des mains qui écoutent. Elles se posent d’abord sur ma nuque, puis sur mon crâne, sur mon bassin. Sur mon ventre aussi. Des mains qui parlent à mon corps, des mains qui dénouent, par de petits mouvements. Les appuis font mal parfois, puis la douleur passe.

Ces mains connaissent mon corps, ces mains savent le dénouer, me rassurer aussi. Tout se passe bien. Ces mains ont communiqué avec le petit être au fond de moi. Un grand moment.

 

Les mains suivantes sont justes croisées, l’une sur l’autre. Ces mains là sont reliées à des oreilles qui écoutent, mes douleurs, mes angoisses, mes avancées aussi. C’est plus facile pour moi de parler à ces mains qu’aux yeux qui sont plus haut. C’est plus facile parce que dès que je croise le regard de cet homme là, mes angoisses sont trop fortes, les larmes sont trop présentes.

 

Et enfin, vendredi soir, j’ai retrouvé des mains oubliées. Des mains noires, foncées, aux doigts longs, magnifiques, des mains sur une basse. Les vibrations viennent au creux de mon ventre. La voix de l’homme qui a de si belles mains n’a pas changé. La voix chante « Ayo » pour celui qui a de la peine. Je bois ses paroles en admirant ses mains.

 

A la fin, du concert, je m’approche. Cela fait 8 ans que nous ne nous sommes pas vus, 12 ans que nous sommes partis ensemble avec des enfants pour une de mes expériences les plus fortes. Ses yeux croisent les miens, il est aussi étonné que content de me voir là. Quelques souvenirs, quelques nouvelles aussi, un instant de paix.

 

Je rentre chez moi.

 

Tes mains ne sont pas là pour m’accueillir, et les miennes n’ont personne à enlacer…

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Lundi 25 février 2008
En aparté, parce que pour continuer ce blog, il faut que je pose des mots sur mon silence.
En aparté, parce que je ne trouve pas de mots.
Je n'ai pas l'habitude d'étaler mes états d'âme du moment, mais si je veux continuer, réussir à faire avancer ces rubriques qui me tiennent à coeur, il me faut juste ici poser un peu de ma peine.

Je ne trouve pas les mots pour la dire, aussi je les emprunte à miss Sblabla, dont le texte correspond à tout point de vue à ce que je ressens. Merci S., de me les prêter...




"Agonie du jour dans la nuit blanche"

Il y a des peines qui ne se racontent pas, au mieux, qui s'effleurent.

Ce matin, je poserais volontiers mon pochon de chagrin, dissimulée derrière mes grandes lunettes de foire. Je tenterais bravement de cacher cette peine immense, mais je n'y arriverais pas.

Il y a des peines qui ne peuvent se ravaler, au mieux, s'étouffer au fond d'un grand mouchoir.

Ce matin, je m'arrêterais volontiers sur mon chemin détrempé pour respirer. Je suis déjà arrêtée et je ne respire plus.

Il y a des peines qui ne peuvent se crier, au mieux, se murmurer

Ce matin, je partagerais volontiers. Un regard, une parole, un geste amical, compassion, curiosité, certainement, une épaule, un bras, suffiraient a me faire tomber. Je vacille, je suis déjà tombée.

Il y a des peines qui sont inconsolables et qui ne se racontent pas.

Ce matin, on m'a coupée en mille. J'ai bien trop mal pour me cacher. Tripes a l'envers. J'admire de loin, je déteste cette volonté et cette rigueur le coeur au bout des lèvres.

Le temps ne fait-il pas tout ? Je ne peux plus rentrer.

Il y a des peines qui passeront mais d'autres non.

Il y a des peines que l'on refuse.

Il y a celles qui se taisent, celles qui t'accompagneront encore un moment, toujours trop long.

Il y a celles qui sont plus dures que d'autres et celles qui ne se contrôlent pas.

Il y a des peines qui ne se racontent pas, au mieux qui s'effleurent.

(SBlabla)
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Jeudi 6 décembre 2007
Tu croyais que c'était fini ?
Non non, cette maison est habitée, animée
Ils sont là quelque part
Ils guettent et ils protègent...

Celle-ci veille tranquillement
Sur le totem des princesses

l'ether de Cécile


Celui-là tout petit
se cache dans des boques aussi grosses que lui
Celui-là tout petit
dresse son nez et son museau

l'ether de Cécile




Et lui ?
Un jour le lapin l'a touché
"Chat!" a-t-il dit
Et voilà le résultat... c'est lui le chat !

l'ether de Cécile


Ici on me dit que c'est une chouette
Moi je vois aussi un chat
Ou bien est-ce une chouette qui elle aussi veut jouer à chat ?

l'ether de Cécile

Merci Cécile

(à suivre...)


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