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    16 janvier 2008 3 16 /01 /janvier /2008 22:20
    "des mômes..."

    Il est tard, il fait sombre dans la petite infirmerie du bout du couloir.
    Il fait sombre, et les clowns sur le mur ne rient plus.

    Je suis fatiguée, et l’animateur tourne en rond. Il ne trouve toujours pas ses mots. Il a un problème.

    Enfin… c’est un des enfants de son groupe qui a un problème. D’ailleurs non. Cet enfant avait un problème. Qu’il a réglé.

    Comment faire quand tu as six ans, que ton bras droit n’est pas encore assez long pour attraper ton oreille gauche en passant par le dessus de la tête (tu peux vérifier, si tu y arrives, c’est que tu as plus de 7 ans), comment faire donc, pour attraper ta trousse de toilette rangée tout en haut des étagères au dessus des lavabos ?

    Hélas, tes bras ne sont pas assez longs pour ça non plus. Alors tu te sers des muscles qui sont dedans, tu t’appuies sur le lavabo et hop tu te hisses. Seulement voilà, tu n’as plus de mains, elles te tiennent au lavabo.

    Alors tu lâches une main. Et là c’est le drame. Quand tu lâches une main, tu t’appuies de tout ton corps sur le lavabo. Et c’est ainsi que, si tu es un petit garçon, tu t’appuies sur ce petit bout de ton anatomie qui fait de toi un garçon.

    Certes, tu as ta trousse de toilettes. Certes. Tu n’as pas mal non plus. Mais le bleu n’est pas une couleur normale à cet endroit du corps pour un enfant de 6 ans.

    Il est tard, le village s’endort, et j’ai un petit garçon qui se retrouve avec un petit problème en moins, mais un gros problème en plus. Oh il n’est pas inquiet, ça l’amuse d’ailleurs. Par contre, moi, je suis inquiète.

    L’hôpital est loin. Le docteur par contre, n’est pas encore rentré chez lui, il ferme juste le cabinet. Je lui explique l’histoire du soir, et ce docteur décide de nous attendre avant de retrouver les siens.

    Ce docteur explique à l’enfant son zizi. Il met des mots pour qu’il comprenne le projet de vie de ce petit bout de lui , ce qu’il deviendra quand il sera grand. Il lui raconte que pour tout ça fonctionne correctement, il faut en prendre soin.

    L’enfant sait déjà un peu, mais il ne voit pas bien les enjeux. Le docteur avec ses gants en caoutchouc, avec ses mots, avec mon aide aussi, dit à l’enfant ses inquiétudes avec ce bobo mal placé.

    Après ce long prologue où la confiance s’installe tranquillement, le docteur demande à l’enfant son autorisation pour faire un contrôle technique. L’enfant accepte. Il questionne chaque geste de l’examen, il faut dire que tout ce que le médecin a pu lui dire éveille la curiosité.

    Le contrôle technique n’a décelé aucune autre anomalie que la couleur. Je crois que le docteur est aussi soulagé que moi.

    Au téléphone ensuite, l’enfant raconte l’histoire du soir à son papa. L’enfant joue au spécialiste, il est devenu expert en un soir. Je pose parfois des mots d’adulte pour l’accompagner, mais c’est lui  le garçon, et puis c’est son histoire, ces mots sont mieux que le miens.

    Après quelques minutes d’inquiétude, le papa arrive à rire de l’aventure de son rejeton, et trouve à son tour les mots pour lui dire qu’il n’est pas inquiet, qu’il lui fait confiance, et qu’il me fait confiance aussi.

    J’ai le cœur qui bat encore très fort. Je ne sais pas quelle serait ma réaction si on m’appelait en pleine nuit pour me raconter l’histoire du soir de mon fils… je ne sais pas si je ferais encore confiance. Je sais juste que j’aurai besoin d’entendre sa voix.

    Nous décidons de ranger la trousse de toilette dans un endroit accessible aux enfants de 6 ans, puis nous nous souhaitons une bonne nuit.

    Je couche un enfant qui semble beaucoup moins bouleversé que moi par cette histoire, puis m’enferme pour remplir la déclaration d’accident, accompagnée du certificat médical du médecin.

    Au-delà du contrôle technique qu’a effectué ce médecin, il m’a donné une de mes plus grande leçon de pédagogie : comment mettre des mots sur un acte de soin qui touche l’intimité pour que celui-ci ne soit vécu par l’enfant que comme un acte de soin.


     

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    commentaires

    Moose 07/03/2008 00:57

    Ah bon? Parce que quand on a 6 ans on peut pas attraper son oreille gauche en passant par le dessus de la tête? Mais l'oreille droite, on peut? Et pis c'est juste dans la nuit du 7ième anniversaire que le bras devient assez long pour le faire?Pff, c'est compliqué l'anatomie.

    Sérénissime 23/01/2008 13:48

    Ton récit est très émouvant et on y sent tout ton amour et ta délicatesse pour ton petit.Quelle chance vous avez d'avoir un tel médecin dans les parages. C'est inestimable.A bientôt!

    Tiphaine 21/01/2008 20:44

    Un bel hommage aux vrais médecins !

    Nelly 21/01/2008 19:10

    Francis : c'est tout sauf pour les filles, c'est une histoire de garçon... Je suis contente d'avoir pu mettre en avant ta sensibilité cachée derrière ta grosse barbe rousse ! Merci tout plein !K.rine, Lucy et Christie : merci beaucoup de laisser vos commentaires, ça me touche...

    christie 21/01/2008 12:33

    Quelle jolie leçon d'humanité. le respect de l'autre entraine souvent l'adhésion , quelq ue soit le soin , surtout en médecine. Je me bat encore pour le faire admettre.